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Ernst Aklin est né en 1944 à Zug en Suisse. Accademia di Belle Arti di
Brera Milano, LE GYNÉCÉE PARTICULIER
Ce sont d'abord des noms de femmes puis des femmes nommées avec des couleurs, femmes hybrides, femmes, poules aux cols surmontés de crêtes écarlates, femmes-oiseaux perchées sur leurs longues pattes gainées de collants bleus ; femmes-ballons, roses ou jaunes, faites pour le silence et la paix des parcs. Elles sont aussi nymphes aux bustes corsetés, odalisques de plages ou bien penseuses prostrées. Exaltées dans la puissance de leur chair prodigue, elles sont nouées, morcelées, tronquées, crevassées, lascives aux souples abandons. Un jour que Maillol contemplait la mer, un de ses disciples qui se trouvait là lui demanda : "A quoi pensez-vous, maître ? A l'infini ? A l'éternité ? - Seulement au cul d'une femme", répondit le vieux sculpteur. Sans doute y a-t-il beaucoup de cette divagation chez Ernst Aklin. La tentation de la croupe idéale hante son oeuvre. Virginale ou nubile, voluptueuse ou bachique, rien ne semble pouvoir le détourner de cette obsession. Aklin déborde son art avec santé et gourmandise. Le voilà débutant son sujet, animé par un souci d'académisme qui, peu à peu, se dessaisit du réel et le transforme grâce à une méthode d'hypertrophie contrôlée. Les corps sont remaniés, ramassés, les formes s'épurent et se remodèlent. Il aime jouer avec la texture du polyester en lui donnant des teintes artificielles qui nous rappellent le Pop Art. Les chairs ont l'incarnat des pâtes gingivales. Bois polychrome ou bronze peint, tout ce qu'il façonne passe par la couleur qui se révèle comme une indispensable dynamique. Aklin se plaît dans les contrastes et les oppositions franches, n'hésitant pas à vêtir ses statues de maillots de bain jaunes safranés ou bleus turquoise. On sent à travers sa manière de pétrir l'argile et le plâtre la rotation du poignet qui crée la rondeur, l'équilibre et la plénitude des volumes et puis la pression des pouces qui détermine l'arrogance d'un téton bien fait. Ainsi, la peau devenue bronze garde-t-elle tous les stigmates des rythmes du travail en une consistance grenue et accidentée. La sculpture a cette faculté de produire nos émotions sur le champ par la force qu'elle communique. Bien avant que l'esprit n'intervienne, la main s'avance, parcourt et frissonne. Le geste prévaut toujours sur l'intention intellectuelle. Vous pouvez toucher Jean-Pierre CRAMOISAN |
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