THERESA AKLIN-SCHWEIZER
1946 Née a Emmenbrücke en Suisse
1961 - 1966 École Normale Lucerne Suisse
1966 - 1967 Enseignement
1967 - 1968 École des Beaux-arts Lucerne
1968 - 1969 École des Beaux-arts, Genève
1969 - 1970 École des Beaux-arts, Lucerne
1970 Mariage avec Ernst Aklin, 5 enfants
1985-1986 Séjour à l'Île Maurice
1987 Établissement dans le sud de la France
Depuis 1970 Expositions en Suisse, en France et en Grande-Bretagne

 

Même si l'on est parfois tenté de dire que les fleurs sont faites pour les femmes, il est des femmes qui sont faites pour les fleurs. C'est le cas de Theresa Aklin qui, depuis des années, plonge son regard dans les espaces opiacés de leurs corolles déployées. Elle y promène sa pensée et ses rêves pour en rapporter de pleines brassées d'images de mers nacrées, de couchers de soleil éternellement déroulés à la surface des océans, les dégradés de grèves poissées d'écume, des ciels et encore des ciels, des franges de nuages, des paysages inventés.

" Qu'est-ce qu'une fleur ? ", se demande-t-elle sans relâche. " De quoi et comment est-elle faite ? Y puis-je guérir le mal agrippé à mon âme ? ".

" Cette fleur dont tu cherches à comprendre le sens est peut-être bien un astre sucré qui danse sur sa tige ", lui répond un papillon dans une caresse d'ailes.
Car sans doute le mystère du monde a-t-il été rêvé dans le cœur des fleurs. Secrète gestation des germes, fermentation des sucs, couleurs et parfums accordés dans une palpitation, un frémissement d'éternité.
Il faut descendre dans ces calices et ces cornets spiralés , aux cavités tapissées de pistils gourmands. Là, étouffés (le silence, se côtoient, se superposent toute une ondulation de plis et de bourrelets froissés comme des enveloppes d'étoffe charnue. Ces visions intimes, repliées sur des vestiges de lumière, ébauchent de nouvelles teintes encore hésitantes fragiles et délétères, eu suspension à l'extrémité des Couronnes de pétales prêtes à basculer dans ces entonnoirs avides de rosée.

Fleurs vaporisées par les brumes aurorales, fleurs ouvragées par le ciseau du givre, le flou des crépuscules et les langueurs abandonnées des après-midi d'automne. Folles, liliales aux multiples irisations de l'argent fondu, exaltées, échevelées, rouillées, cireuses, envasées dans la lourde blondeur des pollens, elles s'ouvrent au bord des nuits comme un sexe de femme dans un frissonnant baiser de lèvres emperlées de semences.
Vers quelles naissances ?

Jean-Pierre CRAMOISAN